Manger des insectes, est-ce vraiment légal ?

Manger des insectes, est-ce vraiment légal ?

Connaissez-vous des hommes ou des femmes insectivores ? Certainement pas car ce terme est réservé aux animaux mangeant des insectes. Pour l’humain, on parle d’entomophagie. Si cette pratique est très répandue dans le monde, et si elle a très probablement été un régime alimentaire commun de nos lointains ancêtres, c’est une habitude très marginale dans la société occidentale. Le tabou serait lié au fait que nombre d’espèces se nourrissent elles-mêmes de cadavres humains en décomposition, ce qui serait assimilable à une forme de cannibalisme.

Contrairement aux viandes habituellement consommées dans nos contrées, la consommation d’insectes fait encore l’objet d’un certain flou juridique et réglementaire. Jusqu’à il y a peu, c’était le règlement européen 258/97 du 27/01/1997 relatifs aux nouveaux aliments qui faisait foi. Un nouvel aliment inclut les "aliments [...] pour lesquels la consommation humaine est jusqu'ici restée négligeable dans la communauté". Ce texte ne vise pas en particulier les insectes, qui ne sont pas nommés. Il annonce que tout nouvel aliment doit respecter un certain nombre de critères sanitaires et nutritionnels pour pouvoir recevoir une autorisation.

Ce règlement a été remplacé le 25 novembre 2015 par un autre règlement, le 2015/2283, applicable depuis le 1er janvier 2018. Celui-ci classe toujours les insectes, qu’il soient entiers ou sous forme d’extraits ou de poudre, dans les nouveaux aliments, et ceux-ci doivent toujours faire l’objet d’une autorisation. L’ancien règlement était ambigu et chaque pays l’interprétait à sa sauce : interdiction en France, autorisation au Royaume-Uni, une certaine tolérance en Belgique et aux Pays-Bas, et à l’appréciation de chaque Land allemand.

Cette fois, le texte inclut explicitement les insectes, qu’ils soient entiers ou pas. Mais un autre règlement (2017/2470) précise quels sont les nouveaux aliments autorisés dans l’Union Européenne. Et les insectes n’en font pas partie ! Par conséquent, les sociétés spécialisées peuvent et doivent désormais formuler une demande en bonne et due forme. Ces aliments encore largement méconnus dans nos contrées doivent être surveillés. Ils comportent effectivement un certain nombre d’allergènes communs aux crustacés et sont accusés de concentrer certains métaux lourds toxiques pour l’être humain. Leur alimentation et leur élevage doivent doit donc être élaborés avec beaucoup de vigilance.

Début 2019, seuls six insectes ont fait l’objet d’une demande (notamment le ver de farine et le criquet migrateur). Les premiers retours sont attendus au printemps. Ceux qui font ces demandes seront récompensés : ils bénéficieront d’une exclusivité durant cinq ans ! Par conséquent, après le flou et les différences d’interprétation passées, la vente d’insectes pour l’alimentation est, en théorie, interdite dans l’Union Européenne pendant encore quelques mois.

Publié le 08/02/2019