Le pourboire est-il encore légal ?

Le repas est fini, l’addition est payée et vous hésitez à laisser quelques pièces pour le serveur ? Sachez qu’en France, le pourboire est très réglementé et quelques notions à ce sujet sont bonnes à connaître.
Le pourboire est-il encore légal ?

C’est une question que l’on se pose fréquemment à la fin d’un repas au restaurant, après avoir payé intégralement la note et avant de quitter définitivement l’endroit : doit-on (ou peut-on) donner un pourboire au serveur ?

Composé généralement de quelques pièces (environ 1 ou 2 euros par personne attablée), le pourboire est une petite gratification laissée à l’intention du serveur ou de la serveuse, lorsqu’on est satisfait de la prestation. Cette tradition remonte à l’époque où le personnel de service était payé au lance-pierres, et où la monnaie laissée dans une coupelle lui permettait d’arrondir des fins de mois potentiellement difficiles. L’époque a un peu changé et les serveurs, qui reçoivent généralement un salaire fixe, ont la garantie d’une paie mensuelle.

Si dans certains pays – comme aux États-Unis – le pourboire est obligatoire (on vous le fera remarquer, le cas échéant), il est purement facultatif en France et laissé à la libre appréciation du client. D’ailleurs, les cartes et les notes précisent généralement que les prix sont indiqués "service compris". Toutefois, certaines personnes éprouvent l’envie de remercier l'employé qui a apporté leur plat avec gentillesse en lui laissant un petit quelque chose, en argent sonnant et trébuchant, susceptible d’améliorer sa condition. Alors, oui, le pourboire en espèces est toléré, il est même réglementé. Mais les habitués du pourliche désireux de récompenser leur serveur préféré risquent de déchanter.

Car, selon la loi, le pourboire doit être en réalité partagé entre tous les membres du personnel de service. Cela signifie qu’en laissant quelques euros sur la table pour la sympathique serveuse, efficace et souriante, qui vous a conseillé le plat du jour, vous allez également rémunérer son collègue froid et bougon qui n’a pas arrêté de bousculer votre chaise en passant.

Autre point légal important, les pourboires doivent être centralisés par l’employeur (le patron du restaurant, donc) qui tiendra alors un registre de répartition mentionnant les montants journaliers, afin de payer les cotisations sociales rattachées à cette rémunération. Notez que la somme des pourboires sera reversée uniquement aux employés en contact avec la clientèle (ce qui exclut le personnel de cuisine). Le même patron devra ensuite calculer si le montant du salaire fixe, prévu par le contrat de travail, atteint le Smic - ou le minimum conventionnel - une fois enrichi par les pourboires. Dans ce cas contraire, il devra lui-même combler le manque.

Petite précision pour les clients qui souhaiteraient poursuivre la soirée au théâtre : il est souvent demandé (surtout à Paris) une petite pièce pour les ouvreuses qui vous indiquent votre place. Dans de nombreux théâtres privés (c’est interdit dans les salles subventionnées), des pancartes indiquent même que le personnel de placement est uniquement rémunéré au pourboire. C’est totalement faux. Là encore, les ouvreuses doivent recevoir un salaire minimum : si celui-ci n’est pas couvert par les pourboires, le directeur du théâtre a l’obligation de mettre la main à la poche et de régler le complément. En gros, le patron de la salle veut faire payer une deuxième fois le spectateur (qui a parfois acheté sa place très chère) pour éviter d'avoir à le faire. Dans tous les cas, réclamer un pourboire, même de manière extrêmement courtoise, est formellement interdit.

Publié le 15/02/2020

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